Portrait: Serge Christian Guebogo, soif d’idéal

Une médaille d’argent au tournoi de handball dames des Jeux Africains, Maroc 2019 seulement quatre mois après sa désignation comme sélectionneur des Lionnes du handball, Serge Christian Guebogo a parfaitement démarré son aventure avec la sélection nationale séniors de handball féminin du Cameroun. Voyage sur la route d’un entraîneur quelques fois contrarié, qui a dû partir du Tonnerre Kalara Club handball sur un conflit pour exécuter la seule tâche qui lui importe : entraîner.

 

Sortez vos stylos, une feuille blanche et rangez vos portables et autres tablettes. Il est temps de suivre Serge Christian Guebogo. A 37 ans,  le tout nouveau sélectionneur des Lionnes du handball –depuis avril 2019- entame une longue marche vers le succès. Et le succès, il a commencé à le savourer avec cette sélection. Première sortie du tout nouveau staff des Lionnes conduit par Guinness (pseudonyme attribué à Serge Christian Guebogo) le 23 avril 2019 à Kinshasa. On joue les qualifications pour le tournoi final de handball des Jeux Africains, Maroc 2019. Les Lionnes, esquintées par le long et pénible voyage depuis Yaoundé pour la capitale de la République Démocratique du Congo réussissent à battre les  Léopards dames de handball à Kinshasa par 25 buts à 23, en faisant un match nul le lendemain.

Première sortie réussie pour Guinness et ses filles. Les mains ouvertes, avec sa soif de conquête, Serge Christian Guebogo se dirige vers le tournoi final de handball féminin des Jeux Africains. Le challenge, disputer la finale comme en 2015 à Brazzaville. La remporter, c’est son rêve et celui de son équipe. A Casablanca, les Lionnes arrivent en finale avec six victoires, jouent et perdent contre l’Angola. Raison ? Le staff et/ou les joueuses ont paniqué et n’ont pas réalisé l’exploit. Des regrets mais des notes à faire valoir pour l’avenir. Depuis avril 2019, les observateurs assistent aux prémices de la démonstration de l’ère Guinness, à la tête des Lionnes. Ça joue plus, ça marque plus mais, il y a toujours un mais, de nombreux ajustements à faire de même qu’un Casting de taille pour renforcer certains postes de jeu. Avec son adjoint, Perpetua Forsuh, le schéma directeur est tracé. Les dés, jetés pour atteindre les sommets, l’Himalaya étant assurément trop proche pour eux.

Mais, qui est Serge Christian Guebogo avant les Lionnes ?

La carrure imposante, le visage gai, le regard parfois fuyant… En 2016, Serge Guebogo sort d’une aventure sportivement riche mais humainement compliquée avec le Tonnerre Kalara Club. Assistant du coach Ayissi Noah chez les Juniors (2005-2007) et entraîneur de l’équipe séniors de 2012 à 2016, il remporte des titres en championnat et en coupe. Une place de vice-champion d’Afrique en 2016. Puis, patatras ! Tout bascule. Alors qu’il a l’impression de construire quelque chose de solide, Guinness est mis à la porte. Des moments que le joueur n’évoque pas. Au contraire, il affiche une reconnaissance certaine vis-à-vis du promoteur du club, Albert Roger Milla et de toute l’équipe dirigeante. « TKC est une équipe qui m’a donné la chance de côtoyer le haut niveau africain et payer les billets d’avion pour des stages d’entraîneurs. Je leur serai éternellement reconnaissant », laisse entendre le sélectionneur des Lionnes.

Du hand, du terrain, de l’entraînement : c’est la raison d’être de Serge Guebogo sur le plan professionnel. Après le clash de fin au TKC, le revoilà sur les rails. Nouveau groupe, nouvelles énergies, challenges énormes. Des joueuses décident de le suivre dans le projet dénommé Dynamique de Bokito handball dames. Les promoteurs ont l’impression de savoir où ils vont. Ils lui font confiance. La saga commence. Championnat, coupe, compétitions africaines.

Serge Christian Guebogo, sélectionneur des Lionnes du handball dames, n’hésite par à démontrer.

Retour sur une carrière construite à Tsinga. Arrière, il savait tout faire. Il savait déborder, tirer, lier le jeu, défendre. Un peu normal, pour un joueur formé dans une école de handball. Son club formateur ? L’école de handball du lycée de Tsinga. « Dès la première année, nous avons participé à une compétition et nous avons remporté un trophée. Ce n’était pas le cas en football –où il n’avait pas moins de talent », avoue-t-il. Le regard de Chimène, il le posait encore sur ces pistes d’athlétisme et autre aire de jeu de football. Mais, cette première victoire a tout changé. « Je me suis dit : on gagne au handball hein ! C’est ainsi que je décide de rester », se souvient Guinness. L’entraîneur des Lionnes du handball a fait toutes ses classes au lycée de Tsinga sous la coordination rigoureuse de Léon Prosper Ngatcha. Entre les Jeux OSSUC mutés en FENASCO.

Une année à l’Université de Yaoundé II à SOA et un trophée, Serge Christian Guebogo surfe sur de l’or. En pleine réjouissance, sa mère panique un soir où il n’avait pas pu rentrer aux heures habituelles. « Il y avait eu un incident. La route c’était coupée. Ma mère avait fait le tour des hôpitaux et des morgues. Je n’y étais pas. A mon retour, en pleine crise de nerfs, elle m’a dit qu’elle souhaitait que j’arrête à SOA ». L’homonyme de papa va tout de suite s’inscrire en histoire à l’Université de Yaoundé I. Là-bas aussi, il remporte des trophées. Pour ce bonhomme du quartier Nkomkana, à cheval avec Madagascar, pépinière d’antan du handball camerounais va avoir des idées.  L’INJS, si proche, il y pense de plus en plus. Puis, se décide. Passe le concours et est admis. « Je suis entré à l’INJS parce que je voulais entraîner. L’entraînement, c’est ma passion ». Des très proches témoignent d’ailleurs qu’il lui arrive de passer des nuits blanches à chercher des éléments qui peuvent le rendre meilleur. Et ce, depuis 2003.

On ne devient pas entraîneur, on l’est déjà. De l’avis de beaucoup, Serge Christian Guebogo c’est ça : un jeunhomme qui pue la passion, bien élevé, techniquement gâté, un cadeau pour chaque joueur qui croise son chemin quoi ! En 2003, il coache Ekang Handball enchaîne avec TKC juniors handball dames, Athletic  HB, Volcan HB, TKC dames seniors, Dynamique de Bokito à nos jours. Il a même eu le temps d’être vice-champion d’Afrique des clubs avec TKC en 2016. Serge Guebogo raconte. « C’est toujours important d’apprendre aux côtés des anciens. Le coach Ayissi a été une lumière pour moi dans la résolution de certains problèmes. » Y a aussi ce parcours accompli avec l’équipe universitaire de Yaoundé II.

Claude Toukene, plus qu’un aîné, un modèle

Guinness n’a jamais été en sélection nationale. Mais, il n’a pas de regret à ce sujet. « J’ai choisi l’entraînement à l’âge de 23 ans. Je ne regrette pas d’avoir cessé de jouer tôt. » Il doit ce côté XXX et bien d’autre à son modèle de frère aîné, Claude Toukene. Celui qui avait réussi à le motiver à préférer  l’athlétisme sans grand succès. Claude Toukene était un spécialiste du 100 et 200 m, un spécialiste de la vitesse que le frère cadet a singé souvent sur les terrains de handball. « Claude a été toujours mon mentor un grand frère très protecteur. Un guide qui me tient la main. J’apprends tous les jours avec lui et je crois que je suis à la bonne école », bref récit de celui qui détient aujourd’hui, une Licence A en entraînement de handball, le grade le plus élevé. Ses modèles, il les puise dans la sauce locale (Claude Toukene, Léon Prosper Ngatcha et Ayissi Noah Sylvestre).En chacun d’eux, il a su tirer ce petit truc pour créer un syncrétisme de connaissances assez digestes.

Bon ou mauvais, sur certains aspects, Serge Guebogo rappellent à quelques puristes, Marius Mouté de regrettée mémoire. L’entraîneur, comme Guinness, puait le hanbdall. Comme Guinness, était un grand passionné, amoureux de la recherche. Mais d’aucuns reconnaissent qu’il avait ce côté émotif que l’on retrouve aussi chez Serge Guebogo. Un côté émotif qui pourrait un jour peut-être, un jour, qui sait, le pousser  à craquer. « Mon rêve est de faire ce qui n’a jamais été fait avec cette sélection, c’est de donner la joie extrême aux Camerounais et au Cameroun à travers cette sélection. Je sais que beaucoup veulent voir cette équipe briller », glisse le sélectionneur le regard pétillant, le visage radieux. Comme toujours, quand il évoque sa passion.

Une vie de famille, stable

Ses enfants Junior Christian Guebogo (garçon, 10 ans) et Marie Esther Issanda Guebogo (fille, 6 ans) pensent avoir « le meilleur papa au monde ». Entre école, maison et activités ludiques, ils ont le temps de passer du temps avec leur sélectionneur de père, lors des séances d’entraînement en se transformant parfois, en ramasseurs de ballons. Chez les Guebogo, la famille, c’est la base, le soutien, essentiel. Son épouse, Edwige Esther Ngo Issanda, sous sa robe de magistrat, ne demeure pas moins présente. C’est un fait « le handball, c’est la passion de Guinness. Lorsque je l’ai connu, il la vivait déjà pleinement comme joueur avec un bon palmarès et une belle expérience au niveau national. Quand il est devenu professeur d’Education physique et sportive,  ses ambitions ont évolué vers l’entraînement qu’il expérimentait d’ailleurs déjà même étant joueur. J’ai toujours été au courant de ses projets et de ses ambitions. Je l’ai vu bosser dur au quotidien à l’amélioration des techniques, tactiques  et performances de jeu comme joueur et coach », récit de Edwige Esther Ngo Issanda. Autour de ses proches, Guinness le coach, surgit souvent. Conseils, encadrements, il n’hésite pas à partager. Madame ne s’immisce pas dans le travail de son époux. Chez les Guebogo, y a cette solidarité, cette fusion, cette gestion participative de la famille… Malgré cette passion, « la famille est sa priorité. Il est toujours présent et ne manque aucun rendez-vous majeur qui exige sa présence ».

D’où lui vient cette appellation presque légalisée,  Guinness ? Oui. Il est un peu question de beuverie. L’histoire voudrait qu’en Afrique, on désigne des enfants par des noms qui appartiennent ou ont appartenu à un proche Lambda. Ce sont homonymes. Et Guinness dont le papa adepte de ce stout, cette bière noire et qui se faisait appeler Guinness par ses amis. Occupant des fonctions élevées dans l’administration, ses copains ne pouvaient l’affubler d’une telle appellation. Il fallait infliger cela à quelqu’un. L’homonyme de papa hérite de fait de ce pseudonyme. Au point que, d’aucuns arrivent à en oublier son patronyme véritable.  « Mon père (ndlr, Charles Guebogo, de regrettée mémoire) me présentait à ses amis en disant : « Me voilà ». C’est ainsi qu’ils ont commencé à m’appeler petite Guinness. On est passé à Grande Guinness et  à Guinness tout court. Je ne consomme pas de bière. Je porte juste ce nom ».

Faut-il croire en Serge Christian Guebogo ? Son profil parle au public. Certains se sentent proches de lui. Ils semblent le connaître tant ils l’ont vu grandir dans la discipline. Il n’a jamais joué en sélection nationale mais sa carrière en club avec MINUH notamment a contribué à mettre en lumière ce personnage. Et Guinness, semble être l’expression de chacun de ces amoureux toutes générations confondues de handballeur. Comme entraîneur ou formateur, il faut être patient. Le public, les experts, les critiques devront donc cultiver cette patience avec tous une pointe à bille à portée pour quelques notes.

A.B.

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